La réforme du décret Paysage

En application depuis 2014, le décret paysage avait notamment pour objectif d’augmenter le taux de diplomation en donnant plus de flexibilité au parcours étudiant notamment en permettant à ceux qui réussissaient 45 crédits sur 60 de poursuivre leur cursus y compris en Master avec des crédits résiduels.

Mon expérience de professeure m’a clairement montré que ce but n’était pas atteint. Quelque soit mon accord avec cet objectif, je ne pouvais que constater à travers ma pratique certains effets délétères : lourdeur administrative, perte de cohérence des auditoires, perception d’allongement de la durée des études avec validation de 45 crédits sur 60, désespoir, colère des étudiant·e·s face à l’échec répété à un examen, interruption dramatique de parcours liée à la perte de finançabilité.

C’est l’une des raisons fortes pour lesquelles je me suis engagée dans les élections de 2018: pouvoir contribuer à une réforme de ce décret paysage.

Une fois en fonction de Vice-Rectrice à l’enseignement, j’ai eu accès aux données qui ont confirmé mon intuition de professeure. Il apparaissait clairement que la flexibilité ne favorisait pas un plus grand taux de diplomation même avec un allongement des études et y compris pour les populations fragilisées. Je n’étais pas la seule à faire ce constat puisque le conseil des recteurs (Cref) a demandé au conseil réunissant tous les vice- recteurs et vice -rectrices à l’enseignement de lui faire des propositions de réforme.

Au sein de ce conseil, nous avons souhaité endiguer l’allongement tendanciel de la durée des études constaté et remettre des « balises » à travers 3 axes : priorité à l’acquisition des 60 premiers crédits du cycle de BA (révision des règles d’anticipation sur base de l’analyse des parcours de réussite, réussite en deux ans) ; réorientation précoce; augmentation de l’étanchéité BA-MA.

Nous avons intégré nos propositions dans un projet de réforme du décret qui a fait l’objet de multiples négociations avec notamment les recteurs, les HE, les étudiant·e·s, les syndicats et les politiques. Le texte final vient d’être voté par le parlement. Il intègre raisonnablement nos propositions et sera mis en application dès 2022-23. Cette avancée est le fruit d’une belle collaboration inter universitaire et me procure une grande satisfaction personnelle.

Les Trois Grand Axes de la Réforme Paysage

1. Permettre aux étudiant·s d’acquérir, dès le début de leurs parcours, des bases pédagogiques solides + identifier d’éventuelles difficultés afin d’y remédier. 

La priorité pour les étudiant·e·s doit être d’acquérir les 60 crédits de Bac 1. Différentes situations à l’issue de la première année:
– A 60 crédits acquis : l’étudiant·e réussit son bloc 1 et passe en poursuite d’étude ; 
– Entre 55 et 59 crédits acquis, il pourra, sur accord du jury, constituer un programme de maximum 65 crédits ;
– De 45 à 59 crédits réussis : l’étudiant·e pourra anticiper des crédits de la poursuite d’études mais il reste inscrit en bloc 1. Il doit inscrire à son programme annuel les crédits non acquis du bloc 1, et pourra y ajouter des crédits de la poursuite d’études pour lesquels il a les prérequis, pour atteindre un programme de maximum 60 crédits au total. 
– De 30 à 44 crédits acquis : l’étudiant·e reste inscrit·e en bloc 1. Il doit inscrire à son programme annuel les crédits non acquis du bloc 1 moyennant accord su jury, il pourra y ajouter des crédits de la poursuite d’études pour lesquels il a les prérequis, sans que son programme ne dépasse 60 crédits :
– Moins de 30 crédits acquis: l’étudiant·e doit inscrire à son programme annuel les crédits non acquis du bloc 1. Il doit compléter son programme par des activités d’aide à la réussite ;
– L’étudiant·e qui n’a pas acquis de crédit doit se réorienter. 

Enfin, le passage de bachelier en master est mieux balisé, seul·e·s les étudiant·e·s qui ont un solde de maximum 15 crédits de bachelier à acquérir pourront anticiper des crédits de master pour lesquels ils disposent des prérequis. Ils demeurent inscrits en bachelier, et leur programme ne peut pas excéder un total de 60 crédits. L’objectif est d’encourager les étudiant·e·s à décrocher en priorité leur diplôme de bachelier avant d’entamer des crédits de master.

2. Rendre les conditions de finançabilité plus lisibles.

Pour le bachelier, l’étudiant·e dispose de 5 années pour obtenir son diplôme de bachelier (6 s’il se réoriente) et de 4 années maximum pour atteindre 120 crédits. Outre ces principe de base des balises intermédiaires existent :
– L’étudiant·e dispose de 2 années maximum pour réussir les 60 crédits du bloc 1 moyennant deux tempéraments :
– Le jury pourra décider de permettre à un·e étudiant·e de s’inscrire une troisième fois dans la même filière s’il réussit 60 crédits et au moins 50 crédits du bloc 1 au terme de ces deux années. Mais les crédits de bloc 1 restants devront impérativement être réussis au terme de sa troisième inscription. 
– Le jury pourra décider de permettre à un·e étudiant·e qui aurait réussi moins de 30 crédits lors de sa première inscription mais au moins 50 crédits au terme de sa deuxième inscription de s’inscrire une troisième fois dans la même filière. Les crédits de Bloc 1 restants devront impérativement être réussis au terme de sa troisième inscription.

Pour le master, l’étudiant·e dispose de 2 ans pour réussir 60 crédits, de 4 ans pour réussir 120 crédits, et de maximum 6 ans pour réussir 180 crédits. Enfin, le Gouvernement a  prévu  un dispositif supplémentaire permettant aux étudiant·e·s de recouvrer leur finançabilité perdue : Tout étudiant·e en situation de non-finançabilité pourrait être considéré comme à nouveau finançable pour autant qu’il réussisse l’entièreté des crédits composant son programme annuel – qui devra être composé d’un minimum de 45 crédits. 

3. Renforcer les moyens dédiés aux aides à la réussite pour les étudiant·e·s en difficulté afin de les accompagner vers la réussite et la diplomation.  

Les établissements devront, avant le début de chaque année académique, établir un plan stratégique d’aide à la réussite listant les activités de remédiation mises en place et les moyens financiers alloués. Une attention particulière sera portée aux étudiant·e·s qui éprouvent des difficultés à réussir les 60 premiers crédits de leur Bachelier. 

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