La réforme de la FIE

Le décret de Formation Initiale des Enseignants vise à répondre à un vrai besoin sociétal, celui d’améliorer la qualité de l’enseignement obligatoire, par un renforcement quantitatif (mastérisation) et qualitatif (acquis d’apprentissage visés) de la formation des enseignants. Le modèle imaginé avec co-diplomation entre établissements de l’enseignement supérieur (Université, HE, ESA) pour une meilleure articulation des compétences est d’une complexité extrême en particulier pour le pôle Lge-Lxg qui compte notamment 5HE, 2 ESA et 3 réseaux d’enseignement. Il implique en effet une mobilité accrue des enseignants entre les sites, des dédoublements de classes pour préserver la qualité de la formation, de multiple répétitions d’un même cours par enseignant. Pour éviter les appariements en silo (faculté/HE), j’ai créé au sein de l’ULiège une coupole administrative intégrant des représentants de l’université et des HE dont la mission est l’organisation concertée des travaux. Pendant une année, en parfaite concertation, nous avons construit un cadre de répartition des crédits équilibré entre pédagogie et savoirs disciplinaires et entre établissements. Différents scénarios ont été élaborés et évalués en termes organisationnel et financier. Les simulations réalisées confirment l’impression initiale que la majorité du budget prévu serait consommé par la gestion de la complexité évoquée précédemment. 

En 2020, la ministre a proposé un moratoire pour évaluer la mise en œuvre du décret et la viabilité du cadre budgétaire. Elle a organisé une consultation auprès des opérateurs de formation. Nous avons rédigé une note commune développant les contraintes spécifiques du pôle Lge-Lxg, les difficultés rencontrées et nos craintes. Pendant un an, différentes versions d’une réforme du décret ont circulé. En novembre 2021, la réforme FIE est approuvée par le parlement sans que la viabilité du cadre budgétaire ne soit clarifiée. 

Bien que le texte intègre nos propositions de simplification (la suppression de l’organisation par l’université des bac S4 et des options en S1S2S3), il soulève de nouvelles questions. En particulier, en réduisant la mastérisation en 1 année d’insertion professionnelle, il remet en question l’objectif premier du décret : l’amélioration de la qualité de la formation des enseignants et la valorisation du métier.

Loin d’être un projet anodin, la RFIE engage les universités et nécessite une base claire et unanime y compris budgétaire avant sa mise en œuvre afin d’éviter un épuisement des acteurs de terrain et une mise en danger du financement des universités et de la communauté française. Il reste donc du pain sur la planche. Mais pour l’instant , nous n’avons pas d’autre choix que de bâtir avec les HE et les ESA, le meilleur programme de cours possible, correspondant à ce décret réformé. Je pense que l’Université fait partie d’un écosystème et doit y assumer pleinement son rôle.

Réforme de la Formation Initiale de tous les Enseignants – Décret voté le 01/10/21

En décembre 2021, une nouvelle version du décret fixant la formation initiale des enseignants est votée au Parlement de la Communauté française. Comme dans le décret paru en 2019, la motivation reste unanime : pour améliorer le système éducatif, il faut une formation de qualité pour les futurs enseignants. Les principes fondamentaux apparus en 2019 restent présents :
•       Une codiplômation stricte entre les Établissements d’Enseignement Supérieur (Universités, Hautes Écoles et Écoles Supérieures des Arts)
•       Un allongement de la formation des enseignants de 3 à 4 ans pour le fondamental (Section 1 pour le maternel, Section 2 pour le primaire) et le secondaire inférieur  (Section 3); de 30 à 60 crédits pour l’enseignement secondaire supérieur (AESS : Section 5) ; la création d’un master en enseignement des disciplines à l’Université (Section 4 – 120 crédits) ;
•       Un contrôle renforcé de la maitrise de la langue française à l’entame des formations à l’enseignement ;
•       Un renforcement de la pratique et un meilleur encadrement de celle-ci (notamment par la formation des maitres de stage).
 
En plus de définir les compétences à atteindre par les enseignants au terme de leur formation, le décret fixe le nombre de crédits à organiser dans chacun des axes des formations à l’enseignement, ainsi que la répartition des crédits par type d’opérateur.
 
Les sept axes de formation, articulés entre eux, (disciplinaire, didactique et pédagogique, à et par la communication, en sciences humaines et sociales, à la maitrise de la langue française, à et par la recherche, ainsi que la formation à et par la pratique) constituent le squelette des formations de tous les enseignants de l’enseignement obligatoire. La formation à et par la pratique se voit renforcée et prend notamment la forme d’une stage de longue durée dans un établissement scolaire, afin que les futurs enseignants entrent progressivement dans l’exercice des quatre domaines de compétences du métier d’enseignant, à savoir : acteur institutionnel, social et culturel ; acteur d’une organisation apprenante dans une dynamique collective ; organisateur et accompagnateur d’apprentissages dans une dynamique évolutive ; praticien réflexif (Chap. II art. 5).
 
Ainsi, pour le Pôle académique Liège-Luxembourg (PALL), l’Université de Liège prendra part aux formations des futurs instituteurs et agrégés de l’enseignement secondaire inférieur des cinq Hautes Écoles du Pôle : La HE Charlemagne, la HE de la Ville de Liège, la HE libre Mosane, la HE Robert Schuman et la HE de la Province de Liège, avec les Établissements supérieurs des Arts : le Conservatoire royal, l’académie des Beaux-Arts et Saint Luc.
 
Inversement, ces établissements prendront part aux formations à l’enseignement organisées à l’Université : des Master en enseignement d’une discipline en 120 crédits, organisés après les bacheliers de base des disciplines et des Master en enseignement en 60 crédits, organisés après un Master dans une discipline (ancienne Agrégation de l’enseignement secondaire supérieur – AESS).
 
Un Master de spécialisation destiné aux formateurs d’enseignants est également créé en codiplomation au sein du PALL : il formera spécifiquement les enseignants des sections pédagogiques des Hautes Écoles (maitres assistants) en lieu et place du CAPAES actuel (Certificat d’Aptitude Pédagogique Approprié à l’Enseignement Supérieur) qui lui, perdurera pour les formateurs des sections non pédagogiques.
 
La date de mise en oeuvre du décret est septembre 2022, ce qui signifie que les étudiants qui s’inscriront dès la rentrée prochaine dans tous les bacheliers en enseignement organisés en Hautes Ecoles devraient entrer dans le nouveau programme de formation en co-diplômation en quatre années.
 
Une COmmission de COordination de la Formation Initiale des Enseignants (COCOFIE) est créée. Celle-ci est composée de 24 membres par le Gouvernement, et aura en charge non seulement la définition et l’opérationnalisation de la réforme, mais aussi le suivi de celle-ci au fil de sa mise en œuvre.

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